Le meilleur moyen de dénoncer les travers des hommes ? Mettre en scène des animaux. Après La Fontaine et George Orwell, deux comics géniaux modernisent la recette…
Les seigneurs de Bagdad (Brian K. Vaughan et Niko Henrichon, Urban Comics, 15 euros)
Il était une fois (ben oui, vous connaissez un meilleur moyen de commencer un conte qui se déroule dans la ville des Milles et Une Nuits ?), il était une fois, donc, quatre lions qui vivaient au zoo de Bagdad. Zill, le mâle, n’était pas malheureux : il pouvait faire la sieste et ronger les carcasses d’antilopes balancées par les gardiens, que demander de plus ? Sa compagne Noor, elle était prête à tout pour s’échapper, et pour permettre au petit Ali, son rejeton, de vivre libre. La liberté, le lionceau n’avait aucune idée de ce que c’était. Safa, la vieille lionne borgne, aurait pu lui apprendre, mais cela aurait réouvert les douloureuses cicatrices de sa jeunesse sauvage…
Un jour, le monde des quatre fauves vole en éclats, littéralement. Des bombes tombées du ciel éventrent les cages et font abattent les murs du zoo. Leur odyssée vers la liberté peut commencer : ils devront traverser Bagdad, affronter les dangers d’une ville en guerre, les troupeaux de tanks, les meutes de militaires et les animaux pervertis par la folie des hommes. Dans cette jungle urbaine, parviendront-ils à redevenir des seigneurs ?
Du Disney avec de la cruauté dedans. Inspiré d’un fait réel (le bombardement du zoo de Bagdad par l’armée américaine en 2003), le conte troussé par Brian Vaughan et merveilleusement illustré par l’artiste canadien Niko Henrichon est un vrai chef d’œuvre. Digne des plus grands classiques Disney, un brin de cruauté en plus.
Nou3(Grant Morrisson et Frank Quitely, Urban Comics, 15 euros)
Mon premier aime les caresses, mais avant de lui gratter le front, assurez-vous que son lance-missiles n’est pas pointé dans votre direction. Mon second aime le lait, mais avant de remplir son écuelle, mettez un casque, au cas où il vous arrose de lames de rasoir. Mon troisième sème ses crottes un peu partout, mais gardez-vous de les ramasser : certaines de ces petites boules noires sont des mines…
Mon tout est Nou3, un comics déjanté qui raconte les aventures d’un chien, d’un chat et d’un lapin, transformés en armes de guerre top-secrètes par l’armée américaine ! Emprisonnées dans des armures de métal bourrées de technologies létales, les cyber-bébêtes zigouillent les méchants terroristes et autres narcotrafiquants, avant de rentrer au bercail manger leur pâtée… Jusqu’à ce qu’un politicien décide de mettre un terme au projet et de sacrifier les animaux. Seulement, ils échappent à leurs bourreaux…
L’album, mené à un train d’enfer, raconte la course-poursuite entre les trois animaux et les militaires lancés à leurs trousses. Animés des meilleures intentions (rentrer à la maison, comme de « braves bêtes » bien élevées), les trois compagnons n’en sont pas moins des bombes ambulantes lâchées dans la nature… L’armée est prête à tout pour les récupérer et garder le secret, même à lâcher à leurs trousses une quatrième arme animale, plus terrifiante et incontrôlable que les trois autres réunies…
Du Disney avec armes de destruction massive dedans.
Le style de Quitely est unique. On aime ou on déteste, mais sa virtuosité est indéniable : les pages vous pètent à la figure davantage que les moches scènes de 3D au cinéma, les personnages ont du corps, et des expressions bouleversantes. Et pour celles et ceux qui se demanderaient quel esprit malade peut bien avoir l’idée d’infliger ces traitements inhumains à de pauvres bêtes signalons que le scénariste, Grant Morrison, est un militant de longue date au sein de l’association de protection des animaux Peta, et végétarien convaincu. On peut donc vous affirmer qu’aucun animal n’a été maltraité durant la réalisation de cette BD !
Christophe Bajot







