Facebook, le film

Un chagrin d’amour, une soirée trop arrosée et un gringalet bouclé de 19 ans fait la découverte du siècle en matière d’Internet.

Vous l’avez deviné et vous le saviez déjà à moins d’habiter dans une grotte des îles Touamotou, The Social Network raconte un fragment de la vie de Mark Zuckerberg, THE inventeur de Facebook. Le film, signé de l’inégal (c’est ce que dit Olivier le monsieur Cinéma de la rédaction) David Fincher raconte l’histoire au rythme du débit verbal des personnages, c’est-à-dire à cent à l’heure. C’est bien fait, belles lumières, rythme soutenu, casting d’enfer (surtout la vedette Jesse Eisenberg, geek halluciné et inquiétant) et plongées dans des univers peu connus.

Notamment, et ça m’a dépaysé comme une exploration ethnologique hyper exotique, Fincher nous balade dans l’université d’Harvard et nous fait croiser ses drôles de mœurs et sa drôle de faune. L’élite de l’élite. Une pépinière de prix Nobel et de dirigeants de tout poil. Des gars à 160 de Q.I minimum, dévorés par l’esprit de compétition et tous habités par la certitude qu’ils seront avant trente ans dans le Top 500 du World Business.

Bon, il n’y aurait eu que ça, je n’aurais pas mis cinq étoiles à cette toile. Mais, en plus, vous avez droit à une formidable création, celle du personnage de Zuckerberg lui-même. C’est la vrai réussite du film. Mark Z., le Mozart du langage Java. Une cervelle fulgurante. Une vision du futur que bien peu, parmi les dirigeants du monde, peuvent se targuer d’avoir. Mais un type immature, incapable d’avoir une relation un peu profonde avec quiconque. Un génie, qui le sait et qui sacrifie tout à son œuvre, Facebook. Allez voir son histoire, ça vaut les dix euros. Complétez, avant ou après, par la lecture du dossier de SVJ 254.

Jean Lopez

Puisqu’on parle ciné et amitiés virtuelles, on aimerait vous signaler une curiosité. “Le monde sur le fil” est un film allemand de 1973 qui vient de ressortir en DVD (dans une très belle édition d’ailleurs, avec bonus, livrets intérieur et tout et tout).

Si on vous cause de ce long métrage réalisé par Rainer Werner Fassbinder (l’un des plus grands cinéastes allemands de l’après-guerre), c’est parce que son histoire annonce de façon assez incroyable… Matrix!

Tout se déroule autour d’un centre de cybernétique, où des informaticiens ont mis au point un programme de simulation (“Simulacron”) ayant donné naissance à un monde artificiel. Dans les entrailles de cette machine, “vivent” 100000 unités, qui raisonnent, travaillent, s’amusent… Bref, un vrai univers virtuel, dans lequel les vrais humains sont capables de se projeter en s’immergeant dans une espèce de caisson connecté à “Simulacron”.

Voilà pour le point de départ de l’histoire. Mais la mystérieuse disparition d’un membre de l’équipe va conduire le Dr Stiller, l’un des chercheurs de l’institut, sur la piste d’une monstrueuse vérité: il n’est lui-même, comme ses collègues ou ses amis, que des programmes informatiques, des unités programmées par “ceux d’en haut”. Ce sont eux, les véritables humains!

Formidablement réalisé par Fassbinder – qui multiplie les plans de miroirs, de reflets, de vitres brisés pour jouer sur le décalage qu’il existe entre la réalité et la représentation de la réalité – magnifiquement interprété par les comédiens, on se gratte quand même la tête au moment de vous le conseiller… Car le film accuse plus de 35 ans, et ça se voit franchement à l’image: les costumes rayés et les grosses cravates des protagonistes ont de quoi faire tiquer un spectateur ado. Le rythme languissant du film est aussi à 100 lieues des blockbusters d’aujourd’hui. Reste que si vous êtes courageux et cinéphile, ce “monde sur le fil” est une expérience particulièrement séduisante.

Olivier Lascar

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Olivier Lascar

Journaliste Science&Vie Junior. Rubriques techno, ciné et web. "'J'en ai marre d'avoir toujours raison" - Jeff Golblum, "Jurassic Park"