Kenneth Branagh, l’interview.
Le réalisateur de Thor a rencontré la presse à Paris, dans un grand hôtel des beaux quartiers. Souriant, cool (la chemise est hors du pantalon du costume), il parle de son film avec chaleur ; il en est content, de toute évidence !
Avoir joué, mis en scène et adapté Shakespeare si longtemps, est-ce que ça aide à adapter un comics de Marvel ?
En tout cas, moi, ça m’a aidé. Parce que cette histoire traite des liens entre un roi et ses fils, qui veulent tous les deux accéder au trône. De fait, le film aurait pu être sous-titré « Père et fils » ou « l’homme qui voulut être roi ». Cela parle de royaumes, de changements dans ces royaumes et de basculements de nations – en cela, c’est très proche des histoires que raconte Shakespeare ! On peut aussi établir des liens entre les personnages, comme avec le compagnon de Thor, Volstagg (un gros barbu ripailleur, note du rédacteur) qui évoque la figure de Falstaff chez Shakespeare, en mode mineur, bien entendu.
Le personnage de Thor n’est pas le plus connu des Marvel. Pensez-vous que le plus gros défi sera de vendre le film à un public d’adolescent ?
Mmmm, c’est certes un film à grand spectacle, un « blockbuster ». Mais pour moi, le grand spectacle, le divertissement, ce n’est pas quelque chose qui se résume à une question d’âge. Pour moi, le divertissement, c’est synonyme de provocation intellectuelle et émotionnelle. Chacun peut le ressentir et l’apprécier. Je souhaite donc que « Thor » touche le plus grand nombre de spectateurs, et pas seulement les adolescents.
Ce film s’inscrit dans l’univers Marvel. Il y a des recoupements avec « Iron Man » ou « les vengeurs », qui sortira l’année prochaine. Avez-vous tourné des scènes que vous avez laissées de côté lors du montage final ?
Oui, il y a des scènes coupées que vous verrez dans le DVD. Elles sont intéressantes, mais il n’y en a aucune pour lesquelles je me serais battu afin qu’on les retrouve dans le montage final. Le « director’s cut », c’est vraiment le film tel qu’il est projeté en salles.
Le succès du film est très important pour Marvel. On imagine que vous avez ressenti beaucoup de pression. Est-ce que malgré tout on vous a laissé faire le film que vous vouliez faire ?
Avant que les producteurs ne m’engagent, on a passé trois mois à discuter pour voir si on était sur la même longueur d’onde. On s’est mis d’accord et pendant le tournage, Dieu merci, ils m’ont laissé faire le film que je voulais faire. Vous savez, je ne souscris pas du tout au mythe hollywoodien du réalisateur génial que l’on doit laisser faire selon ses moindres désirs. Je ne suis pas un génie (il rigole)! Donc je vois vraiment le travail sur un film comme une collaboration, un partenariat. Ceci étant dit, il y a toujours des tensions, des conversations animées… Mais c’est vrai sur tous les films, ça l’était déjà sur « Henri V » (sa première adaptation de Shakespeare en 1989, note de la rédaction). En revanche, je me suis désintéressé de toutes les questions liées au merchandising et aux produits dérivés.
« Thor » est à la fois un personnage de légende scandinave et de bande-dessinée. Il y a un côté « mythologie dans la mythologie ». N’avez-vous pas éprouvé une sorte de vertige au moment de l’aborder ?
Un vertige ? Non, je ne dirais pas ça… Vous savez, quand je vois le générique de fin, avec ses milliers de noms, je pense toujours à la façon dont tout a commencé. Quand avec Bo Welch, le chef décorateur, nous discutions du film tous les deux, dans une petite pièce, ou l’on confrontait nos dessins, réalisés sur de petits carnets – les siens étaient déjà superbes ! Et chez moi, sur ma table de chevet, il y avait trois livres, un sur la version comics de Thor, l’autre sur la mythologie norvégienne, un dernier sur la 3D et les effets spéciaux. Alors non, je ne parlerais pas de vertige pour décrire mon état d’esprit de l’époque. Mais plutôt d’ivresse. Vous savez, la délicieuse ivresse de la création…
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