Les mèmes mettent souvent en scène des animaux ou des extraits de films. Mais que se passe-t-il quand il s’agit du visage d’un parfait inconnu qui est détourné sur le web ? Comment réagissent ces personnes quand elles découvrent leur soudaine notoriété ? C’est que l’on va découvrir dans ce cinquième épisode des mèmes internet.
Celui qui est trop beau: Ridiculously Photogenic Guy / Zeddie Little
Photographié lors d’une course à pied, ce fringant jeune homme est devenu en l’espace de quelques jours un mème ultra populaire connu sous le nom de Ridiculously Photogenic Guy ou « le mec ridiculement photogénique ». Il faut dire que son sourire franc et son regard joyeux, alors qu’il est en plein effort, et que d’autres souffrent autour de lui, ont tôt fait d’inspirer les internautes qui vont détourner sa bonne bouille.
Quelques jours après la publication de cette photo sur un site permettant aux internautes de voter pour leurs liens favoris, le monde entier a découvert l’identité de «RPG». C’est un jeune conseiller en communication du nom de Zeddie Little qui lors d’une interview dans l’émission Good Morning America expliqua ce qu’il avait ressenti quand il découvrit son visage multiplié à l’infini. « Je me sens un peu honoré de faire partie d’une blague positive, car Internet peut parfois être vicieux et certaines blagues peuvent être tordues… C’est sans doute la façon la plus flatteuse de se répandre de façon virale sur web. »
Zeddie Little le reconnaît lui même, il a eu de la chance que la blague associée à sa photo ne lui pourrisse pas la vie. Au contraire, sa notoriété est tellement positive qu’un institut médical spécialisé dans les maladies du cœur lui a même demandé de venir courir le marathon de New York afin d’aider à financer la recherche.
celle qui est victime du côté sombre du LOL : I can count to potato/ Heidi Crowter
Les internautes peuvent aussi être très cruels. C’est le cas avec la photo d’Heidi Crowter, une petite fille atteinte de Trisomie 21. Accompagné de la phrase « I can count to potato » (« je peux compter jusqu’à patate » en V.F.), le mème se moque des gens atteint d’un handicap mental (dans la plus grande tradition du lulz, le côté sombre du LOL, soit un humour souvent méchant et sadique).
Quatre ans après l’apparition du mème, le journal à sensations britannique The Sun sort le témoignage de la mère d’Heidi Crowter qui l’a repéré sur Facebook, posté sur une page de support aux personnes atteintes de cette maladie : « Heidi est très énervée par cette histoire et détourne le regard à chaque fois qu’elle voit son visage sur l’écran de l’ordinateur », témoigne-t-elle.
L’histoire aurait pu s’arrêter là mais cette sortie médiatique a réactivé la pompe à lulz. Résultat des courses, au lieu de rester un visage anonyme de plus sur Internet, Heidi Crowter est redevenue un nouveau mème !
celui qui aurait pu se vexer mais qui a de l’humour : Scumbag Steve/ Blake Boston
Scumbag Steve est le mème symbolisant tous les défauts de vos pires amis. Il est celui qui s’invite à vos fêtes sans rien ramener, celui qui vous emprunte tous vos objets et les garde, bref, c’est le mec que l’on ne veut jamais revoir. Créé en janvier 2011, Scumbag Steve (que l’on peut traduire par « Steve le salaud ») est né d’un détournement d’une pochette d’album de rap du groupe Beantown Mafia. Le personnage pris en photo est Blake Boston, un jeune rappeur connu sous le pseudo de « Weezy B ».
Complètement dépassé par les événements, Blake Boston expliqua dans une interview qu’il ne connaissait même pas la définition du mot “mème” quand il découvrit sa tête un peu partout sur Internet. Dans un mail qu’il envoya à une autre personne « victime » du même sort que lui (Annoying Facebook Girl, ou la fille ennuyeuse de facebook) il explique ce qu’il a ressentit et donne des conseils pour se remettre du premier choc : « Tu te sens agressée ? Surtout oublie ça… Il s’agit simplement d’une image aléatoire qui raconte une histoire et qui se répand. Tu peux te sentir blessée et embarrassée que quelqu’un ait pris cette photo de toi et l’ait postée sur Internet. Mais le fait est que ça aurait pu être n’importe qui d’autre. Certaines personnes ne savent pas distinguer la réalité de ce qui se passe sur Internet. Si jamais quelqu’un se moque de toi, rappelle toi simplement qui tu es, une personne normale et bien. »
Aujourd’hui, Blake Boston a gardé le pseudo de Scumbag Steve pour en faire une vidéo musicale plutôt marrante, prouvant qu’il ne prend pas vraiment la chose au sérieux.
celle qui l’a cherché : Jessi Slaughter et son père
Contrairement aux histoires précédentes, Jessi Slaughter (Jessica Leonhardt de son vrai nom) n’est pas une simple anonyme devenue un mème par hasard. Cette enfant de 11 ans avait pris l’habitude de poster de nombreuses vidéos sur Youtube, racontant sa vie et parlant de ses goûts sur un ton qui suscitait des commentaires négatifs. plutôt immature, la jeune fille y répondait dans une surenchère de grossièreté, expliquant qu’elle était « parfaite ». «Personne ne peut être aussi jolie que moi sans maquillage, et si vous me détestez, c’est parce que vous êtes jaloux. (…) Arrêtez de me détester; sinon je vous ferai péter la cervelle.» Repérée par les Anonymous, cette vidéo déclencha leur colère. Très vite la famille de Jessi Slaughter dut faire à de nombreux appels anonymes et menaces de mort. En réponse à ce harcèlement, Jessi et son papa menacent les internautes de représailles dans une ultime vidéo.
Ce sont surtout les expressions étranges (“cyber police”, “you done goofed”…) et l’élocution hasardeuse du père qui vont déclencher l’hilarité des utilisateurs de Youtube. La vidéo est immédiatement détournée et devient un mème ultra populaire.
Si Internet se marre, les choses sont toutefois moins roses dans la vraie vie puisque la famille de Jessi sera mise sous protection policière tandis que notre adolescente se retrouva internée dans différents hôpitaux psychiatriques pour dépression. Depuis Jessi a repris une vie normale mais n’a plus le droit de poster des vidéos sur Internet.
Journaliste pigiste pour Science&Vie Junior. Geek notoire, spécialisé sur un tas de choses sérieuses comme la culture web, les robots ou les jeux vidéo.