Une crevette aux poings d’acier

Son crochet du droit peut terrasser n’importe lequel de ses adversaires. Fracasser les crânes des poissons, briser les coquilles des autres crustacés. Son nom ? La « crevette-mante ». Les scientifiques l’ont baptisé ainsi à cause de ses « pinces » comparables à celles repliées de la mante religieuse. Lestées de calcaire, ces petites massues de quelques millimètres en font une vraie guerrière. Et c’est ce détail de son anatomie qui a aiguisé la curiosité de David Kisailus, chercheur à l’université de Californie, aux Etats-Unis.

Un crochet à 80 km/h qui fait bouillir l’eau environnante

Il a découvert que, lorsqu’elles sont assez proches de leur proie, les crevettes-mantes projettent en avant leurs massues avec une vitesse pouvant atteindre 80 km/h. Ce mouvement est si rapide qu’il créé une onde de pression faisant bouillir l’eau sur sa trajectoire et provoque des éclairs de lumière, façon DragonBall ou les Chevaliers du Zodiaque ! Zieutez donc cette vidéo… L’éclair de lumière se produit à 1:26.

Contre de tels coups, aucune armure ne résiste.  La crevette-mante, elle, ne se blesse pas. Comment ? C’est ce que Kisailus et son équipe ( James Weaver, Garret Milliron et Ali Miserez) ont tenté de découvrir. Ils ont passé sous microscope les massues et découvert une différence de structure, sur un millimètre d’épaisseur, sur la zone d’impact : à cet endroit, les appendices sont cinq fois plus épais  que le reste de sa carapace.

Mais surtout, les chercheurs ont remarqué que cette zone était constituée de fibres en couches superposées, légèrement tournées les unes par rapport aux autres, formant au final une sorte d’hélice. Quand un choc atteint cette zone, au lieu de se propager à travers la carapace et et la fissurer, la pression déclenchée par le choc « voyage » dans cette zone en forme d’hélice, jusqu’à être totalement amortie !

La carapace forme une sorte d'hélice qui amortit tous les chocs

La crevette a gagné le match

Au terme de ses recherches, Kisailus -un peu barré- a voulu se confronter à l’animal. « J’ai tout de même mis six couches de gants avant, mais je voulais ressentir la force de la crevette ». Eh bien ? « Elle m’a fait très mal », avoue le scientifique.

Aujourd’hui, Kisailus et ses collègues ont reçu l’équivalent de 465.000 € de l’US Air Force pour poursuivre leurs travaux et trouver un moyen d’imiter les capacités de l’animal… Pas étonnant que ce super-boxeur intéresse l’armée américaine…

Marie Koenig

Reference de l’article: Weaver, Milliron, Miserez, Evans-Lutterodt, Herrera, Gallana, Mershon, Swanson, Zavattieri, DiMasi, Kisalius. 2012. The Stomatopod Dactyl Club: A Formidable Damage-Tolerant Biological Hammer. Science

La photo est de Prilfish

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