Voici un petit supplément au hors-série « Matières en Folie », en kiosque depuis hier. Pour illustrer le potentiel délirant de la matière, nous vous avons dégoté une expérience ENNNOOOOORME. Les connaisseurs l’appellent le « dentifrice d’éléphant »…
Ou comment faire jaillir une montagne de pâte colorée à partir de presque rien…
Ce tour de passe-passe chimique nécessite trois ingrédients. D’abord du liquide vaisselle coloré (avec du colorant alimentaire, par exemple). Puis de l’eau oxygénée (H2O2). C’est ce mélange que vous voyez au fond de la grande éprouvette.
Pas de quoi brosser un dentier de pachyderme ?
Les festivités démarrent dès l’ajout du troisième réactif, de l’iodure de potassium (dissout au préalable dans un peu d’eau tiède). Se produit alors, entre l’eau oxygénée et l’ion iodure, une suite de réactions qui aboutit à la formation d’eau et de dioxygène, ce gaz si précieux pour notre respiration… De l’eau et de l’O2, a priori, c’est du classique. Pas de quoi brosser le dentier d’un pachyderme. Sauf que cette réaction se produit au beau milieu du liquide vaisselle, bien connu pour sa propension à se faire mousser… Et pour mousser, il mousse : ces énormes pâtes sont en réalité des mousses , des bulles de gaz (O2) piégées au cœur du liquide.
Pourquoi de tels débordements ?
Si la mousse déborde façon « tube de dentifrice pour éléphant », C’est parce qu’une même quantité de matière occupe un bien plus grand volume quand elle est gazeuse que quand elle est liquide. Dans un liquide, les molécules restent entassées les unes sur les autres, alors que dans un gaz, elles fusent en solitaire, filant à plus de 1500 km/h ! Sans le liquide vaisselle pour le piéger, le dioxygène se serait répandu dans toute la pièce. Là, elles se contentent de créer dans le liquide des petites niches -les bulles. Si la mousse prend autant de place, c’est parce qu’elle renferme une très grande quantité de ces niches qui hébergent beaucoup de vide et peu de molécules.
Conclusion : l’expérience du dentifrice d’éléphant ne créait pas beaucoup de matière à partir de rien. Elle incorpore beaucoup de rien dans peu de matière… Et avec panache !
Sylvie Redon-Clauzard
MISE EN GARDE : si vous êtes amené à réaliser un jour cette expérience, gare aux brûlures : l’eau oxygénée peut provoquer des brûlures chimiques, mais surtout la réaction dégage beaucoup de chaleur, et du coup, la mousse qui jaillit est très chaude.



