Kubrick repousse les frontières de la technique

Affiche de l'exposition Kubrick à la Cinémathèque Française - Orange MécaniqueExposition Kubrick à la Cinémathèque Française - Photo scéno

Affiche de l’exposition : Orange mécanique de Stanley Kubrick (1970-71) © Warner Bros. Entertainment Inc. | Artwork : lot49.fr. Exposition Kubrick à la Cinémathèque Française © Stéphane Dabrowski

Qu’on ait vu ou non ses films, impossible de passer à côté ! Stanley Kubrick (1928-1999) est l’un des plus grands noms du cinéma mondial. Une expo lui est même entièrement dédiée en ce moment à La Cinémathèque Française. Près de 1000m2 de Kubrick concentré. Au rythme de la bande-son des films projetés, on découvre coupures de vieux journaux, scénarios annotés, costumes, maquettes de vaisseau, photographies des tournages, etc., on plonge dans l’univers de ce réalisateur intransigeant…

… Intransigeant, et “technophile” ! Sous ses épais sourcils, Kubrick a gardé l’œil exigeant de l’ancien reporter photographe qu’il fut avant de se lancer dans le cinéma. Pour obtenir l’image qu’il veut, Stanley ne lésine pas sur les moyens et va jusqu’à repousser les limites de la technique et s’aventurer en zone inconnue.

En voici la preuve par trois.

Exigence de Stanley Kubrick : une image « peinture »

Photo du film "Barry Lyndon"

Barry Lyndon (GB/USA 1973-75). © Warner Bros. Entertainment Inc.

Dans le film historique Barry Lyndon sorti en 1975, il veut reproduire une image conforme aux tableaux d’époque (l’action se déroule au 18ème siècle). Un vrai défi. Du coup, sur le plateau, c’est poudre dans les cheveux des acteurs, maquillage blanchâtre et… un éclairage à la bougie. Exclusivement. Du jamais vu !

Une exigence qui semble bien anodine, mais qui nécessite de très gros moyens techniques. Une bougie n’éclaire pas grand chose. Alors pour avoir assez de lumière, c’est une centaine de chandelles par pièce qu’il faut !  Et pas n’importe lesquelles, il lui faut des bougies à trois mèches pour éviter que la flamme ne vacille… Imaginez un peu cette armée de flammes. A une vitesse folle, la température grimpe et l’oxygène se raréfie. Pour éviter l’asphyxie des acteurs, l’équipe technique doit mettre en place des ventilateurs et des canons à oxygène. Un matériel qui fait parfois trop de bruit ! Certaines scènes doivent être doublées car on entend plus les acteurs. Et même avec un régiment de bougie, la lumière reste faible. Pour avoir une image pas trop sombre, le choix de l’objectif de la caméra est essentiel.

Si la caméra est un œil, l’objectif est sa pupille. Dans le noir, elle s’ouvre grand pour laisser entrer un maximum de lumière. Kubrick choisit donc une « pupille » à ouverture maximale, un objectif à grand diaphragme, le Zeiss 50mm d’ouverture 0.7. C’est un objectif complètement hors norme ! D’ailleurs il a été mis au point par la Nasa pour photographier… l’alunissage d’Apollo !

Exigence de Stanley Kubrick : une image « comme dans l’espace »

Kubrick veut du vrai. Pour “2001 : L’Odyssée de l’espace” (1968), le réalisateur veut une image la plus proche de celle qu’il aurait obtenue… en tournant vraiment dans l’espace! Il va donc chercher le spécialiste des effets spéciaux de son époque, Geoffroy Unworth, un magicien. Après 4 mois de tournage, il y aura 18 mois consacrés à la réalisation des effets spéciaux ! Mais Unworth a beau être excellent, il lui faut du bon matériel. Voilà une des raisons qui pousse le réalisateur à tourner avec une Super Panavision 70 mm.

C’est une caméra qui tourne avec de la pellicule… 70 mm, of course. La plus grande, la plus contrastée, la plus colorée : la Rolls-Royce des pellicules ! Un matériel qui a son poids. Et quand il exige que sa caméra soit comme en apesanteur comme les astronautes, c’est un problème. Mais avec Kubrick, tout problème technique trouve sa solution ! Des moyens incroyables sont déployés.  Bras, perches, grues et supports robotisés sont perfectionnés grâce aux conseils de la Nasa. Installés, ils arrivent à soulever le matériel et reproduire le mouvement aérien rêvé.

Exigence de Stanley Kubrick : Un mouvement « fluide »

Photo du film "Shining"

Shining (GB/USA 1980) © Warner Bros. Entertainment Inc.

Pour son film d’horreur “Shining” (1980), Stanley Kubrick a des scènes précises en tête : Danny et son tricycle dans les couloirs de l’hôtel, la course poursuite finale dans le labyrinthe végétal…

Pour ces séquences, il lui faut un mouvement fluide et rapide. Totalement irréalisable avec les travellings classiques. Avec la caméra sur rails, on sent la camera bouger, il y a des à-coups  et puis les rails sont contraignants. Pour résoudre son problème il va chercher le caméraman Garret Brown. En 1976, Garret avait mis au point un mécanisme original et stupéfiant : la Steadicam.

Sa technique? la caméra est fixée au caméraman avec un harnais et un jeu de poids et contrepoids la stabilise à chaque instant. La steadicam, sorte de travelling humain, permet à Garrett Brown d’obtenir un mouvement d’une fluidité incroyable. Kubrick voit sa démo et décide de l’embaucher pour son film ! Procédé unique au monde, il révolutionne le monde du cinéma et devient un incontournable. “Shining” est LE film du Steadicam par excellence.

Fin de la preuve par trois. Kubrick est inflexible. Et pour le contenter, tous les moyens sont bons… même si, pour ça, il faut repousser les limites du possible !

Stanley Kubrick, l’exposition

Du 23 mars au 31 juillet 2011

La Cinémathèque française

51, rue de Berçy, 75012 Paris

5€ pour les moins de 18 ans

www.cinematheque.fr

Pauline de Wurstemberger

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