Science

Le mystère des oiseaux aux becs déformés

Les scientifiques américains de l’USGS (US geological survey) se perdent en conjectures : de nombreuses espèces d’oiseaux de la côte ouest de l’Alaska et du Canada présentent un bec démesuré ou tordu. A cause de cette malformation, ces oiseaux ne peuvent plus nettoyer leurs plumages, picorer, ou même construire un nid ! Aussi, le centre scientifique a appelé le public à lui rapporter ses observations : photos, notes écrites, tout est bon à prendre ! Il faut trouver la cause de cette épidémie pour empêcher qu’elle ne s’aggrave encore.

Vous pouvez voir les photos des oiseaux sur le site de l’USGS en Alaska.

Seule certitude pour le moment : la malformation est due à la croissance anarchique de la kératine. « Le bec est composé d’os entouré d’un étui de kératine, cette protéine que l’on retrouve dans nos cheveux ou encore nos ongles, explique Frédéric Malher, vice-président du CORIF (le centre ornithologique d’Ile-de-France). Cet étui de kératine croit de façon constante, comme les dents de lapins, car le bec va s’user tout au long de la vie de l’oiseau. On connaissait bien sûr des cas aberrants où un individu va avoir une croissance anormale du bec : du coup, une partie sera trop longue, et va se tordre. Il s’agira dans ce cas d’une malformation qui résulte d’un accident génétique isolé. Ce qui est tout à fait nouveau, c’est l’immense nombre de cas que l’on a trouvé sur

la côte Ouest de l’Alaska et du Canada !» Et pour cause : la première observation de mésange à bec déformé remontait à 1991 et depuis, le phénomène n’a fait que s’amplifier… Aujourd’hui la malformation toucherait 7% de mésanges à têtes noires adultes et 17 % de corbeau de Nord-Ouest en Alaska !

Une croissance anormale de kératine, oui mais et après ? Pour l’instant le problème reste entier car on ne sait pas ce qui provoque la croissance anormale de kératine. Frédéric Malher explique que deux causes ont été écartées :
- Une maladie transmise par des microbes, bactéries ou virus : Les scientifiques ont pu récupérer des milliers d’oiseaux malformés, or, après avoir fait de nombreux tests sur ces individus, il est apparu clairement qu’ils n’étaient pas malades.
- Une maladie génétique : La malformation apparaît sur des espèces très éloignées (des pélicans et des mésanges par exemple) et donc qui n’ont pas pu se reproduire entre elles. Aussi il est improbable que la même maladie génétique soit apparue chez plusieurs espèces de façon simultanée.

Un facteur extérieur ?

On s’oriente donc aujourd’hui plus vers une cause environnementale. En effet, il est prouvé que certaines substances comme le PCB (ou « polychlorodiphényle », un pesticide bien connu des agriculteurs) par exemple peuvent amener à des mutations génétiques. « La kératine est produite par le foie, donc toutes les causes d’insuffisance hépatique peuvent être mentionnées », explique Claire Grosset, vétérinaire membre de la Société d’étude ornithologique de France. Ainsi, si ces produits entraînent une intoxication au niveau du foie, le résultat peut se retrouver… au niveau du bec. Les pesticides ? Insecticides ? Ignifuges ? Tous ces produits qu’on trouve en Alaska sont des facteurs qui peuvent aussi conduire à des malformations. Il faut donc chercher du côté des usines ou encore d’hypothétiques zones de stockage de matériaux polluants. Un long travail de détective…
La bonne nouvelle nous vient des archives de l’USGS : par le passé, les scientifiques avaient déjà été confrontés à des malformations du bec des oiseaux Celles-ci avaient été associées à des polluants environnementaux, tels que les organochlorés (un pesticide) dans la région des Grands Lacs ou du sélénium (un anti-oxydant) de ruissellement des terres agricoles en Californie. A la suite de ces découvertes, on a supprimé les produits en questions… Et les becs sont redevenus droits ! Tout n’est donc pas perdu pour les piafs américains.

Marie Koenig