Les radeaux vivants des fourmis de feu

Le radeau des fourmis

Quand elles ne tuent pas des lézards ou des petits oiseaux avec leur venin nécrosant, les fourmis de feu vivent dans des colonies souterraines, réseaux complexe de tunnels et de chambres où elles stockent provisions et tendrons et quand vient la saison des pluies, ces insectes adorables (si l’on n’est pas un lézard ou un petit oiseau) semblent donc condamnées à la noyade collective… Sans leur étonnant talent d’architectes navals : en quelques minutes, elles sont capables de fabriquer d’immenses radeaux avec leurs propres corps !

Imaginez le tableau: le niveau d’eau monte dans la fourmilière. Toutes ses habitantes – plusieurs dizaines de milliers d’insectes – se regroupent à la surface, la reine pondeuse au centre. Une partie des ouvrières s’attrape par les mandibules et les pattes, formant une sorte de tricot aux mailles extrêmement serrées, si serrées que l’eau ne peut le pénétrer. Les autres membres de la colonie embarquent alors à bord de ce rafiot qui s’en va flottant, en attendant la fin du déluge. Une colonie peut ainsi survivre pendant plusieurs semaines en attendant de pouvoir se creuser un nouveau chez-soi.

Natan Mlot, du Georgian Institute of Technology étudie ces mini-constructeurs navals… Et sa méthode est plutôt cavalière : il balance dans l’eau des pelotes de 3000 ou 8000 insectes et les filme à l’œuvre. Pas avare, il a posté sur Youtube plusieurs de ses vidéos.

Là, on voit comment le radeau est fabriqué en quelques minutes… La taille de la “coque” s’ajuste au nombre de fourmis qui marchent dessus : lorsque Natan en prélève quelques centaines, sa taille diminue. Lorsqu’il en ajoute, le rafiot s’agrandit. Un peu comme un cargo qui changerait de taille en fonction du nombre de containers qu’il transporte ! Le rapport entre la taille du rafiot et la charge transportée reste ainsi constant pour assurer la meilleure flottaison possible.

Cette deuxième vidéo est carrément incroyable. Passons sur l’élasticité du radeau (le Titanic lui aurait sans doute envié) et observez comment l’eau se comporte sous la “coque” : elle forme une sorte de pellicule, sans parvenir à mouiller les fourmis. L’explication est très simple : la chitine des fourmis de feu est aussi hydrophobe qu’une goutte d’huile ou qu’une semelle en caoutchouc. À moins de les mélanger vigoureusement façon vinaigrette, il n’y a pas d’interaction possible entre l’eau et les insectes. Une goutte d’eau qui touche notre peau s’étale ; chez une fourmi, ça donne ça :

On s’en doutait un peu mais maintenant, c’est officiel : les fourmis de feu ne prennent pas l’eau.

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