Des milliers de maisons détruites, de nombreuses victimes, une invasion de serpents et d’alligators délogés de leur habitat naturel… Les inondations qui frappent l’Australie depuis fin novembre n’en finissent plus et les catastrophes s’accumulent. Comment peut-on expliquer un tel phénomène : était-il prévisible, s’est-il déjà déroulé auparavant et combien de temps va-t-il encore durer ? François Vinit, climatologue pour Météo France nous a tout expliqué.
Le réservoir déborde !
En temps normal (ou « période neutre » pour les climatologues), il y a toujours un immense réservoir d’eau chaude dans l’océan, dans la partie ouest du globe (vers l’Indonésie, la Nouvelle-Guinée et l’Australie). Mais parfois, il survient un phénomène météorologique bien connu appelé « El Niño ». En gros, il se divise en trois étapes :
-Pour commencer, le réservoir d’eau chaude va « déborder » et tout envahir, en suivant le « rail équatorial » (le long de l’équateur).
-En même temps, les Alizés vont faiblir (les vents qui soufflent de l’Est vers l’Ouest), et participer à l’accentuation du phénomène puisqu’ils ne peuvent pas disperser l’eau chaude en soufflant à la surface des océans.
-Alors, l’eau chaude arrive jusqu’aux côtes péruviennes et provoque une modification de la circulation atmosphérique. Pour faire simple : quand l’eau est chaude, elle s’évapore plus facilement en donnant naissance, dans l’atmosphère, à de gros nuages d’orage, les « cumulonimbus ».
Et voilà… Ce sont ces nuages qui amènent des pluies torrentielles, qui, si elles ne s’arrêtent pas vont provoquer des inondations, des glissements de terrains, etc. « Ce phénomène se produit environ tous les trois à sept ans, et toujours aux alentours de la période de Noël. Voilà pourquoi on l’appelle « El Niño »… « Le Petit » en espagnol, en référence à l’enfant Jésus », précise François Vinit.
Et El Nina dans tout ça ? Eh bien, c’est le phénomène inverse. « Les Alizées sont renforcés, le réservoir d’eau froide de l’Amérique du Sud va déborder à son tour, envahir tout le bassin vers l’Ouest, et « pousser » le réservoir d’eau chaude qui va du coup être confiné au maximum dans le secteur « Indonésie-Australie ». C’est alors cette zone qui va subir toutes les intempéries, de plein fouet ! » Voilà pourquoi il pleut en Australie depuis quasiment 3 mois non-stop ! Le phénomène est surprenant par sa violence, mais il n’est pas si rare que ça: il intervient tous les 3 à 7 ans et peut durer jusqu’à 9 mois mais aujourd’hui personne ne peut être sûr que cette Niña-là va suivre ce schéma.
Des petites boîtes dans l’Océan…
Tout ce qu’on sait pour le moment, c’est que cette Niña est extrêmement importante. Le record date de 1973, car la Niña avait duré deux ans d’affilé ! Aujourd’hui, on craint que l’ampleur du phénomène soit encore plus grande. Mais comment peut-on le savoir ?
Grâce à des petites boîtes qui se trouvent le long du rail équatorial. Les scientifiques en utilisent trois : une près de l’Australie (Niño 4), une plus à l’est (Niño 3) et une près des côtes péruviennes (Niño 1 et 2). Si on simplifie au maximum, c’est comme si il y avait un thermomètre dans ces boîtes. « On sait quelle température doit avoir l’eau à l’intérieur, si elle devient anormale, on sait qu’on est « en Niño ou Niña » ou pas. On sait également si le phénomène est important (selon le degré de décalage par rapport à la normale) et, grâce aux modèles climatiques, on peut prévoir s’il va se prolonger ». Les calculs sont refaits tous les mois environ, alors il n’y a qu’à prendre son mal en patience pour savoir ce qui va arriver.
Marie KOENIG
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