Un cœur qui bat tout seul ?

Poum, poum, poum... Un coeur qui bat dans une boîte: quand la techno vient au secours de la chirurgie.

Un cœur qui bat, seul, au fond d’une boîte. Beurk ! Ça peut sembler un peu dégoûtant, pourtant ce nouveau procédé pourrait sauver des vies. Le système, appelé Organ Care System (OCS), a été développé par TransMedics Inc, une société spécialisée dans la médecine aux Etats-Unis. Son objectif est simple : maintenir le fonctionnement du cœur presque normalement pour pouvoir le transporter sur de longues distances. La raison, vous l’avez comprise. L’utiliser pour sauver un malade en attente d’une greffe.

« Une transplantation cardiaque s’adresse à des patients en insuffisance cardiaque grave, dite terminale », explique le professeur Christian Latrémouille, spécialisé en chirurgie cardiaque à l’Hôpital Européen Georges Pompidou de Paris.  « En schématisant, le cœur ne remplit plus sa fonction de pompe qui permet d’éjecter le sang dans les moindres recoins du corps. » Le patient est inscrit sur une liste d’attente jusqu’au jour où un cœur sera disponible pour lui.

Le jour J, les chirurgiens sont prévenu par l’Agence de la biomédecine, et partent au plus vite chercher l’organe. Ambulances, avions, motards, les grands moyens sont déployés ! En effet, il faut être particulièrement réactif : «La durée pendant laquelle le cœur est arrêté pour être transporté et celui où il redémarre doit être la plus courte possible. Idéalement inférieure à 3 h, le plus souvent, au regard des contraintes qui nous sont imposées, cela peut prendre jusque 5 h » ajoute le professeur Latrémouille. L’enjeu est de taille : au-delà de ce délai, le cœur commence à s’abîmer : « des myocytes, les cellules qui permettent au cœur d’éjecter le sang, sont irréversiblement détruites. » En effet, le professeur explique que ces cellules s’activent avec de l’énergie transporté par l’oxygène. C’est grâce à elle qu’elles peuvent se contracter, et, toutes ensembles, faire fonctionner le cœur. Elles produisent alors des déchets qui sont rejetés dans la circulation sanguine. Si le cœur est coupé du reste de l’organisme, il ne reçoit plus l’oxygène et les déchets s’accumulent. Les cellules vont alors commencer à mourir.

Actuellement les organes sont transportés dans une glacière remplie d’une solution de conservation. « Le cœur est arrêté avec une solution riche en potassium qui a la vertu de paralyser les cellules myocardiques. Cette paralysie permet de limiter la consommation d’énergie de la cellule et la production de déchets. L’organe est conservé dans cette même solution froide pendant tout le temps du transport », développe le professeur Latrémouille. L’OCS permettrait au cœur de continuer à battre. « La pénurie de donneurs est clair, et le stockage à froid inflige des blessures aux cœurs disponibles, analyse Neal Beswick, chercheur de TransMedic Inc.Cela limite considérablement le nombre de cœurs qui peuvent être récupérés aujourd’hui. En moyenne, 70% des cœurs des donneurs sont inutilisés, en partie à cause de l’incapacité de la méthode de stockage froid à conserver adéquatement les cœurs. »

Bien plus efficace, la méthode OCS est développée par TransMedics depuis environ 12 ans, à partir d’une idée originale d’un chirurgien thoracique, le docteur Walid  Hassanein. Un essai clinique d’ampleur mondiale est mené sur 128 patients.

Le procédé fait un peu “science-fiction “ : une pompe récupère 1,2 litres de sang des donneurs et le combine avec une solution nutritive enrichie en glucose, acides aminés, en hormones, sodium, potassium et antibiotiques.  « Ce mélange, maintenu à 37 degrés, est conçu pour faire circuler le mieux possible l’oxygène et pour réduire les lésions subie par le cœur », reprend Neal Beswick. « Jusqu’à présent, nous avons réussi à transporter un cœur entre Berlin et la Grèce. Il a tenu pendant plus de huit heures ! Et  nous estimons que 12 heures ne devraient pas poser plus de problèmes. »

Alors, faut-il s’attendre à une révolution dans les blocs opératoires ? « L’idée est bonne, avoue Christian Latrémouille. Mais pendant ce transport il faut qu’il n’y ait aucune dysfonction – fuite, pli sur la perfusion, décrochement, etc. – qui pourrait mener au non-redémarrage du greffon et donc à la mort du patient à transplanter. De surcroit l’OCS coûte plus cher qu’une simple glacière avec un peu de liquide dedans. Certes la vie n’a pas de prix, mais pour la société elle a un coût. »

Marie Koenig

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