Un “vélum” comme au temps des romains

Que vous assistiez à un match de foot au Stade de France ou à un concert aux arènes de Nîmes, si le soleil est au rendez-vous, vous n’avez que votre casquette et votre crème solaire pour échapper aux coups de soleil. Pourtant, dans l’Antiquité, les romains ont eu la judicieuse idée de mettre au point un toit en toile repliable sur les amphithéâtres ! Mais on a longtemps cru que le principe de construction d’un tel système – appelé vélum – s’était perdu au fil des ans… Jusqu’à aujourd’hui !

Au Puy du Fou, vient d’être installé un tout nouveau vélum d’environ 6000 m2. Un exploit architectural qui n’avait pas été réalisé depuis 2000 ans ! En fait, c’est un ingénieur à la retraite, René Chambon, qui s’est penché sur la question à partir de 2004. Quatre ans plus tard, le Puy du Fou s’associe à lui pour fabriquer un vélum selon la technique remise au goût du jour par Chambon. Désormais, l’arène du parc – le Stadium Gallo Romain – est pourvue d’un velum dont l’allure rappelle celle d’une jupe plissée. Ce sont 144 toiles en polyester de couleur rouge de 17 m de long et de 2 m de large, assemblées et réparties sur tout le périmètre, qui se déplacent ensemble pour recouvrir les tribunes du Puy du Fou.

Comment tout cela fonctionne-t-il ? Grâce à un système de câblage ultra sophistiqué. En fait, l’ensemble qui porte les toiles a une structure proche de celle d’une roue de vélo ! Ainsi  la « jante » est posée sur le mur de l’arène où elle repose grâce à 36 appuis. C’est une sorte de grand anneau en acier qui pèse près de 100 tonnes ! De là partent 288 câbles soutenant les toiles grâce à des anneaux coulissants. Ces « rayons » vont s’attacher sur un anneau central de 35 tonnes (bien visible sur la photo ci-contre). Celui-ci est également maintenu au sol par 12 câbles verticaux, ce qui lui permet de résister au vent. A l’époque, les romains n’avaient pas pris cette précaution, mais aujourd’hui les exigences de sécurité sont très strictes !

Le système de déploiement / repliement est assuré par 36 treuils électriques, situés sur le mur de l’arène, au niveau de la « jante ». Chacun d’eux permet d’actionner quatre toiles via des cordes spéciales, appelées “drisses”. A la manière des rideaux que l’on ouvre en tirant sur des ficelles, l’action des treuils va permettre aux drisses de s’allonger ou de se raccourcir pour permettre le déplacement des toiles. En fait, quand la rotation des treuils se fait dans le sens des aiguilles d’une montre, on assiste au repliement du velum. C’est le contraire s’ils tournent dans le sens inverse.  Grâce à ce dispositif, les 6000 spectateurs du Puy du Fou sont recouverts d’un immense ciel rouge en moins d’une minute !

La force de ce projet, c’est aussi d’avoir montré que ce modèle, les romains étaient tout à fait capables de le mettre en pratique. Bien sur, le système a été modernisé par rapport à leur époque. Le travail des esclaves qui actionnaient les systèmes de déploiement / repliement a été remplacé par des moteurs et les matériaux ne sont pas les mêmes, chanvre et lin ont laissé leur place aux tissus synthétiques. Il a également fallu s’adapter au Stadium Gallo-Romain dont les minces murs n’étaient pas prévus pour supporter une telle structure. Mais la réalisation moderne d’un toit en toile souple et repliable est une première mondiale ! D’autres idées se profilent pour ce procédé : mettre en place rapidement des abris en cas de catastrophes naturelles par exemple. Mais le rêve de René Chambon est d’équiper les monuments antiques les mieux conservés, tels que les arènes de Nîmes et l’amphithéâtre Pula en Croatie.

Charlène Catalifaud

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